Le boulevard selon Mesguich

Derrière le fugace sourire de la célébrité, Daniel Mesguich dévoile les sincères enthousiasmes de l'artiste, sans se laisser prendre au jeu du nombrilisme. Son répertoire bénéficie d'une grande diversité : théâtre, télévision, cinéma, radio, opéra ; mais en ce qui concerne le théâtre, il s'intéresse particulièrement aux « classiques » du genre. C'est en se démarquant des représentations habituelles des pièces classiques jouées maintes fois que s'expriment le mieux ses idées « novatrices » de mise en scène, dont le goût pour le spectaculaire peut être plus ou moins critiqué. C'est dans cette perspective que l'on peut ressaisir sa dernière création, Boulevard du boulevard du boulevard, dont il a écrit le texte et signé la mise en scène. Ce spectacle a été donné en mai au théâtre du Gymnase à Marseille, et à cette occasion Daniel Mesguich, ancien élève du lycée Thiers, est venu nous parler de son travail.

       Boulevard du boulevard du boulevard s'inscrit dans la tradition du genre. On y reconnaît les situations de ce type de théâtre, et des références à Georges Feydeau notamment : le trio composé du mari, de la femme et de l'amant, les intrigues mêlées qui engendrent le quiproquo, et la prise à parti du spectateur. Mais Daniel Mesguich prend une distance par rapport au genre même du boulevard : le texte joue avec les codes traditionnels, la mise en scène bascule dans l'absurde et le jeu des acteurs est poussé jusqu'à l'extrême ridicule. A cela, l'auteur ajoute une multitude de références contemporaines, directement issue d'une actualité censée être proche du spectateur. Ainsi, il réussit ce tour de force de rénover le genre du boulevard en lui (re)donnant une dimension comique que le temps avait pu effacer, et cela par trois systèmes codés : l'humour traditionnel du boulevard, presque de l'ordre de la farce, la distance par rapport au genre, qui a une valeur tant esthétique que comique, et la modernité des références, qui rétablit la proximité du spectateur avec un genre qui est parfois dit démodé.

On ne peut pas plaire à tout le monde ...

Mais qu'en est-il si le public, ignorant ces références, ne peut toujours déchiffrer les codes ? N'y a-t-il pas un risque de laisser le spectateur froid face à des comédiens emportés par leur hilarité ? Celui qui n'a pas le goût de la culture dite « populaire » ni ne connaît les règles du jeu du boulevard traditionnel n'est-il pas exclu d'une telle représentation ? Daniel Mesguich, lors de la conférence qu'il a donnée au lycée Thiers le 26 mai dernier, reconnaît lui-même l'écueil d'une telle création. Mais, dit-il, « on ne peut pas plaire à tout le monde ». Dans ce cas, on peut regretter que l'intention populaire signifie seulement s'adresser à une sphère élargie à la majorité plutôt que de cheminer de petits mondes en univers, ce qui à mon sens constitue un des véritables enjeux de l'art.

Nathalie SCHMITT
Classe d'Hypokhâgne A/L
Lycée Thiers à Marseille - FRANCE
http://www.lycee-thiers-marseille.org